NADA BOOKING

Gerald Genty FR

Contact Booking

Nada Booking
pierre@nadabooking.be
Voilà, il l’a fait. Ce disque sur la fin, la disparition, celui auquel il songeait lorsque l’urgence de capter les voix fragiles de ses deux jeunes fils l’avait finalement incité à aller au bout du format court avec l’album Hippopopopopopopopopopopotame. Les précédents disques de Gérald Genty comportaient toujours une ou deux de ces chansons courtes, mais aussi une ou deux plus sérieuses : l’envie d’aller au bout de ces deux formes explique pourquoi arrive maintenant Là-haut, qu’on peut qualifier de concept-album.

L’artiste reconnaît qu’il réfléchit désormais « un peu en termes d’œuvre globale » et qu’un disque comme celui-là aurait manqué à sa discographie. « C’est un tube c’est clair, j’ai pas mis un jeu de mot » s’amuse-t-il dans Facteur, lui à qui on a pu parfois reprocher son goût immodéré pour le calembour. Dans Là-haut pourtant « il y en a pas mal mais ils sont presque invisibles » explique Gérald, « le jeu de mot, lorsque l’on le recouvre de mélancolie, qu’on le baigne dans le drame, il a tendance à disparaitre, il s’efface »... Illustration parfaite avec Nairobi dont le propos et les accords masquent l’astuce pourtant énorme.

Les accords justement, Gérald Genty nous avait habitués à les préférer majeurs, quoique depuis Manège éternel ce soit moins systématiquement le cas, les suites mineures ne l’empêchant nullement de faire dans l’humour sur le précédent disque. Mais c’est un cheminement. Gérald écoute surtout des chanteurs « sérieux » dit-il, mais en prenant toujours garde à ne laisser qu’une porosité très limitée entre sa propre œuvre et celle des autres. Sa voix sur le début de La Station évoque Dominique A mais ce n’est pas son inspiration première loin s’en faut (il aime surtout l’album La Musique). Parmi les artistes qu’il admire figurent surtout Raymond Devos, Bertrand Belin, ou encore Matthieu Boogaerts dont le premier album Super avait durablement marqué Gérald dans son envie de gaîté, de légèreté. Cela a pris le temps, mais Là-haut c’est un peu son Michel. Voire son Tchao pantin. Planeur le symbolise bien : d’un début léger, l’air de rien, Gérald Genty entraîne l’auditeur dans une émotion sincère et finalement aussi simple que puissante. Peut-être une des plus belles chansons jamais écrite sur le thème, une des plus belles de Gérald aussi, qu’il doit pour le premier couplet à son frère, lui aussi auteur-compositeur (mais garde forestier de profession !). Un peu plus loin d’ailleurs c’est également à ce frangin installé en Corse qu’on doit la phrase comme l’histoire de Rien qui clôt l’album : « j’ai rien, pour une fois avoir rien, c’est bien ».

Epaulé par l’excellent Julien Carton au piano qui l’accompagne désormais sur scène, et l’agile Carol Teillard d’Eyry à la batterie, Gérald Genty a aussi rompu avec sa façon de travailler en petite séquence, en copier / coller, chaque instrument jouant ici du début à la fin. Avec Thomas De Fraguier aux manettes, il maîtrise une palette musicale large, soulignant ses qualités de mélodiste, et sa capacité à trouver des arrangements limpides. Multi-instrumentiste chevronné, l’artiste a surtout composé au piano même s’il conserve pour l’essentiel la guitare sur scène, et se soucie peu à l’avance de savoir comment il pourra interpréter ses chansons en live. « J’ai toujours eu peur d’être classé dans une catégorie ‘chanteur à texte’ dit-il, car ma stimulation première a toujours été musicale » : bel équilibre trouvé sur cet album, en attendant peut-être (il l’évoque) un piano-voix, voire un pur album instrumental.

Si la question de la postérité présente en filigrane de ses deux premiers albums n’est plus vraiment le souci d’un Gérald Genty déjà content d’avoir un public fidèle (« la conviction que si carton il devait y avoir, ce serait au 1er album »), il englobe dans la thématique de son nouveau disque la disparition... des radars, de l’actualité, de l’esprit des gens. Le métier qui sort peut sembler un peu plus légère, humour aidant, mais il y est tout de même question d’une disparition, de celles qui peuvent mener qui sait à s’éteindre seul comme cette écrivaine du Nouveau Mexique retrouvée chez elle des mois après son décès (et qui lui a inspirée Le Facteur).

N’en déduisons pas trop vite que l’humour serait la politesse du désespoir d’un Gérald Genty planquant son spleen derrière les jeux de mots depuis trop longtemps. Le diptyque que composent La Station et Le Fil évoque certes les NDE (« Near Death Experiences ») dont le sujet le passionne : il dit avoir été assez marqué par L’expérience interdite de Joël Schumacher, par l’accident de son malheureux homonyme l’ex-pilote Michaël, ou par Le test de Stéphane Allix. Mais termine par un happy end. C’est le privilège de l’artiste que de mener ainsi l’histoire où bon lui semble. Lorsqu’il était encore enfant, un oncle marin de Gérald avait sombré dans l’Océan Indien, souvenir réveillé par la mystérieuse disparition du vol MH370. Mais cette fois l’issue de cette superbe chanson est plus heureuse, obéissant un peu à la même logique, loin de l’agitation et assez onirique.

Et puisqu’on parle de songes, comment ne pas évoquer Fais des rêves ? A l’écoute du titre le jeu de mot est tellement énorme (il en a mis plein finalement) que Gérald a dû aller vérifier que cela n’avait pas déjà été maintes fois utilisé. Grand amateur de tennis et joueur coriace qui aurait rêvé d’être tennisman pro, l’artiste est aussi un grand fan de Federer : il a composé cette chanson après la victoire surprise du Suisse à l’open d’Australie en 2017, alors qu’on le disait fini. « A la fin de la chanson le gamin qui joue contre lui, c’est moi »...

Sur un mode différent de son précédent disque, ses gamins continuent d’inspirer Gérald Genty. Les voir courir le long des falaises de la Manche où il est désormais installé lui donne l’idée de « sauter des Fa Dièses » : pas de pulsion suicidaire, mais l’exercice de style consistant à donner les bons accords (puisqu’on lui demande souvent les grilles de ses chansons). Et Petit Avion vient répondre à Planeur. S’il est bien trop tôt pour deviner quelle sera la trajectoire de ce nouvel aéronef musical lancé par Gérald Genty, avouons qu’en guise de calembour, ce serait un joli pied de nez de faire qu’un disque sur la disparition soit finalement un album qui restera.

Next dates

  • Botanique, Bruxelles

  • Botanique, Bruxelles